La Légende de Keroc'hiou
- 11 juin 2022
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Une légende demeure attachée à Keroc'hiou.
"Il y a bien longtemps la dame du lieu donna naissance à une fille.
Le même jour , la femme du passeur de Saint-François mit au monde un fils nommé Quirio Lagadec. Les deux bébés furent baptisés à Ploujean et les deux cortèges se croisèrent en route aux abords de l'église.

Le passeur, quelque peu éméché, se serait adressé au seigneur de Keroc'hiou en ces termes:
" Dans vingt ans, Messire, mon gars épousera votre fille".
Cette affirmation n'eut pas l'heur de plaire au seigneur qui ne goûta pas la réflexion du passeur et se contenta de lui tourner le dos.
Cependant, aucun des deux hommes n'avait oublié ce moment et, lorsque Quirio eut vingt ans,le passeur se présenta à Keroc'hiou pour faire la demande pour son fils.
Plutôt que de le renvoyer, le châtelain mit une condition à cette union:
"Que ton fils me rapporte trois poils d'or de la barbe de Satan et il aura la main de ma fille."
Illustration: P.J Lynch
Le jeune homme se mit bientôt en route et parcourut le pays à la recherche du diable. Un jour qu'il allait se désaltérer à une fontaine, Quirio remarqua une très vielle femme qui s'évertuait à remplir un baquet percé. Il proposa de boucher le trou, et en récompense, la femme lui demanda de faire un vœux. Il lui parla donc de sa quête.

Fontaine de saint Quirio à Ploujean
Quel heureux hasard, répondit elle. Je suis la mère du diable. Suis moi dans ce château et tu aura ce que tu cherches.
Elle cacha le jeune homme dans un coin de la cuisine et se mit à confectionner une montagne de crêpes pour calmer l'appétit de son fils qui ne tarderait pas à rentrer de ses funestes visites nocturnes.
Hum! ça sent le chrétien ici, dit-il en pénétrant dans la cuisine.
Mange tes crêpes, dit sa mère, et voici du vin pour étancher ta soif.
A peine rassasié, le diable huma l'air et sentit de nouveau une odeur alléchante.
Je m'en vais le manger au dessert, dit-il en découvrant le pauvre garçon tremblant dans sa cachette.
Sans l'intervention de la femme, Quirio aurait sans doute avalé tout cru mais deux coups de bâtons bien assénés eurent raison du diable qui s'affala et se mit à ronfler.
Il sursauta à peine lorsque sa mère arracha trois poils d'or de sa barbe, conseillant à Quirio de s'en aller avant qu'il ne se réveille.
De retour à Keroc'hiou, le garçon se présenta au seigneur qui pensait s'être débarrassé du soupirant. Au moment où les poils d'or lui touchèrent la main, ils s'embrassèrent et brûlèrent à un tel point qu'il en mourut le soir même, non sans s'être repenti et après avoir accordé la main de sa fille au jeune Quirio."
( Châteaux et manoirs en baie de Morlaix, Daniel Appriou et Erwan Bozellec, ed du bois d'amour)
Les fées des fontaines
Dans d'autre version de la légende la mère du diable est une fée des fontaines et au lieu du diable nous trouvons un ogre ou un géant.

Illustration Gustave Doré
"Chacun sait qu'en Bretagne il y a deux type de fées: le type le plus courant est la groac'h, une petite vielle à dent de morse généralement, mais les unes ont les dents longues comme le doigt, d'autre les dents qui traînent jusqu'à terre, d'autre n'ont pas de dents remarquables, voir pas de dents du tout. Certaines sont bossues, moussues et racornies comme des vieux chênes, d'autres bossues mais gaillardes, d'autres taciturnes, vivant dans leur maison de terre comme des pleurotes, pressées de retourner à leur pénombre humide, et d'autres tranquilles dans leurs grottes de fontaines ou leurs abris de rivières, ne demandant qu'à rendre service, pour peu qu'on ait le cœur pur et de la politesse. La groac'h se rencontre d'ordinaire en forêt, près d'une fontaine le plus souvent, et donne , ou ne donne pas, des objets magiques, eux aussi variables. Elles peuvent accueillir les humains dans sa grotte, laver son linge, de guérir des personnes et leur offrir des trésors.
Les fées vielles comme le monde, qui peuvent sembler un peut autoritaires parfois, n'en sont pas moins accueillantes."

Illustration: Arthur Rackham
"Si vous apercevez une fée des fontaines, c'est en général qu'elle est en train d'étendre son linge au soleil ou de danser aux rayons de la lune avec diverses fées qui sont venue la rejoindre.
L'un des premier témoignages recueillis par Paul Sébillot parle des fées des fontaines comme lessivières et filandières.
Les fées sont de nature paisible, bien qu'un peut facétieuse, elles ne supporte pas les jaloux et les convoiteux. Le linge blanc et doux qu'elles font sécher avec tant de soin, c'est elles qui, fidèles à leur nature, le filent puis le tissent: il suffit de déposer une quenouille de lin près de la source du blavet pour être sur de la retrouver le lendemain filée, si fin qu'on connaissait à sa légèreté le fil des fées.
De même porter le soir près du doués du linge qu'on désirait être lavé, les fées venait à minuit et faisait la besogne.
De leur origine, les fées ont conservé le don de clairvoyance, l'habitude à donc été prise de jeter une pièce à l'endroit de la fontaine d'où l'eau sourd pour connaitre l'avenir: Si la pièce disparaissait, la réponse était positive, sinon la sources restait muette. Pour savoir si on était aimé, on jette épingle et si elle flotte c'est oui.
Ce don de clairvoyance explique le grand nombre de fontaines supposées guérir des maladies des yeux.
L'attirance des fées pour la lumière, la clairvoyance, la transparence, se traduit aussi par cette salubrité accorder à l'eau où elles vivent; la lessive des fées , la guérison de maladies oculaire et cutané par simple contact de l'eau sont équivalents: se sont les dons spécifiques des fées des fontaines."
( Cela fait écho à la fontaine de saint Quirio à Ploujean il y était coutume de jeter dans sa fontaine des sous, des épingles ou des clous pour obtenir la guérison des furoncles, et paupières malades)

Fontaine précédant le lavoir de Keroc'hiou
"On remarquera la tradition de respecter ces eaux s'est transmise jusqu'à nos jours: en bretagne, en beaucoup d'endroits, il y a un lavoir sur l'écoulement de la source après la fontaine. On ne lave jamais rien dans la fontaine.
Mais le don le plus précieux des fées est de guérir de la blessure du temps et de savoir par la musique rendre chacun à son enfance, le rajeunir ou lui donné l'oubli."
( Extraits de : La douce vie des fées des eaux, Françoise Morvan, édition: babel)


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